UN TATOUAGE POUR MIEUX ÉCHOUER

UN TATOUAGE POUR MIEUX ÉCHOUER

Joueur de tennis suisse tatouage échouer mieux

Cet article, « un tatouage pour mieux échouer », est une réflexion, pour les parents, autour de la vertu de l’échec, pas autour de la mode des tatouages 😉 .

« Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. » – Samuel Beckett

Une phrase devenue célèbre est tatouée sur l’avant-bras du tennisman suisse Stanislas Wawrinka : « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. » Cette phrase, écrite par l’écrivain irlandais Samuel Beckett, pourrait se traduire ainsi :

« Tu as essayé. Tu as échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. »

Dans une société où la réussite est glorifiée, dans une société où chacun expose ses réussites et ses exploits, parler de « mieux échouer » peut paraître étrange. Cette idée peut même sembler contre-intuitive, voire paradoxale. Pourtant, cette phrase contient une leçon éducative extrêmement puissante. Et c’est cette leçon que je vous propose de partager aujourd’hui.

Car, on en a déjà parlé à plusieurs reprises sur ce blog, l’un des rôles essentiels, mais aussi l’une des difficultés de l’éducation, n’est pas d’apprendre aux enfants à éviter l’échec, mais plutôt de leur apprendre à s’en servir comme d’une information.

hyper protection joueur de tennis

On est nombreux, par amour et par bienveillance, à chercher instinctivement à protéger nos enfants de la frustration, de l’erreur ou de la défaite.

Lorsque notre enfant échoue à un contrôle, à une interrogation, lorsqu’il perd un match ou rencontre une difficulté, nous allons le protéger…

  • en minimisant l’échec : « Ce n’est pas grave ce n’est qu’un sport ».
  • en cherchant une excuse : « Le prof t’en veut, c’est quoi cette manière de coter ! »
  • ou en aidant immédiatement l’enfant à éviter de ressentir la déception : « Ne pleure pas, si ton ami réagit comme cela c’est que ce n’est pas un vrai ami ».

Cette réaction est compréhensible. Elle est même naturelle. Protéger notre progéniture est instinctif. C’est notre instinct de survie qui nous pousse à réagir de la sorte. L’être humain naît dépendant de ses parents, et sa survie est directement corrélée à l’instinct parental de le protéger.

Aucun parent n’aime voir son enfant souffrir ! Et malheureusement, on réagit davantage avec son émotion qu’avec sa raison. Ce qui fait qu’en cas d’échec, il est très rare que nous réagissions de manière consciente. Et, si il y a une conscientisation des bienfaits des échecs et des erreurs, elle ne se fait que tardivement, après l’échec.

Pourtant, lorsque les enfants sont trop protégés de l’échec, ils risquent de ne jamais apprendre une compétence essentielle : la capacité à rebondir.

Or, dans la vie réelle, les parcours les plus riches et les plus solides sont rarement linéaires. Ils sont faits d’essais, de tentatives, de détours et souvent d’échecs.

échouer mieux

La phrase tatouée sur le bras de Wawrinka ne glorifie pas l’échec. Elle souligne quelque chose de beaucoup plus subtil : chaque échec peut être une étape vers une meilleure tentative.

« Fail better » ne signifie pas « échouer davantage », mais plutôt : tirer quelque chose de constructif de l’échec, dans le but de progresser.

Car, trop souvent, nos enfants échouent mal ! Pas nécessairement de leur faute. On les laisse trouver des excuses. On leur en trouve parfois. Mais en cherchant des excuses à nos enfants, en minimisant l’importance de l’échec ou en rejetant la faute sur un autre, on les empêche de BIEN TOMBER, de BIEN ÉCHOUER

Se dire que l’échec est normal ne suffit pas !

L’échec doit permettre de comprendre, de réajuster, de changer. La plupart des apprentissages humains fonctionnent d’ailleurs avec cette logique.

Un enfant qui apprend à marcher tombe. En tombant il repère les mouvements qu’il doit éviter ou améliorer.
Un enfant qui apprend à calculer se trompe. Cela lui permet de chercher à rectifier ses stratégies.
Un adolescent qui apprend à jouer au tennis, évalue la trajectoire de la balle qui vient de terminer dans le filet pour ajuster le service suivant.

Les échecs sont le moteur de l’apprentissage .

Sans erreur, il n’y a pas d’ajustement. Sans ajustement, il n’y a pas de progression.

Aujourd’hui, beaucoup d’enfants grandissent dans un environnement où la performance occupe une place primordiale :  il faut avoir de bonnes notes scolaires, être performant dans son sport et supporter d’être régulièrement comparé aux autres.

Dans ce contexte, certains jeunes développent progressivement une idée qui peut leur être extrêmement préjudiciable : l’échec serait une preuve d’incompétence.

la peur de rater

Ces jeunes finissent par penser que l’échec donne une information sur qui ils sont.

Ils commencent alors à éviter les situations dans lesquelles ils pourraient échouer.

Certains adolescents préfèrent même ne pas essayer plutôt que de risquer d’échouer. D’autres se mettent une pression immense pour ne jamais se tromper.

Que votre enfant se sente paralysé ou qu’il se mette une pression immense, cette peur de l’échec finit immanquablement par freiner l’apprentissage.

Un enfant qui a peur de se tromper ose moins expérimenter. Il prend moins de risques. Il n’échoue pas… Mais il apprend moins !

C’est ici que le rôle des parents devient déterminant. Les enfants construisent leur relation à l’échec en observant la manière dont les adultes réagissent face à l’erreur, qu’il s’agisse de leurs propres erreurs ou de celles de l’enfant.

Lorsqu’un enfant échoue, la réaction parentale peut envoyer deux messages très différents.

Message n°1 : L’enfant apprend que l’échec est un problème

Si l’adulte se concentre plutôt sur le résultat en réagissant comme ceci :

  • « Tu vas être en échec en fin d’année si tu ne te reprends pas »
  • « Tu aurais pu faire mieux. »
  • « Est-ce que d’autres élèves sont en échec ? »

L’enfant va se focaliser sur le résultat et il va intégrer l’idée que l’échec est quelque chose qu’il faut éviter à tout prix.

Message n°2 : L’enfant apprend que l’échec est une étape

mère à l'écoute de sa fille

Si l’adulte s’intéresse plutôt au processus en réagissant comme ceci :

  • « Qu’est-ce que tu as appris ? »
  • « Qu’est-ce que tu ferais différemment la prochaine fois ? »
  • « Comment peux-tu apprendre de cet échec ? »

L’enfant comprend que l’erreur est un point de départ et une information pour progresser.

La phrase de Beckett rappelle aux parents que l’on a tout intérêt à éduquer à la persévérance plutôt qu’à un désir de perfection immédiate.

D’ailleurs beaucoup de parcours inspirants suivent cette logique :

  • Edison, l’inventeur de l’ampoule électrique, avec plus de 1000 tentatives ratées.
  • Michael Jordan, avec ses 3000 tirs ratés et sa non-sélection dans son équipe du lycée.
  • J.K. Rowling, avec ses refus d’éditeurs avant de publier la saga Harry Potter.
Jordan échouer mieux

Tous les trois ont essuyés des refus ou connu des ratés, mais aucun d’eux n’a arrêté.

Chaque échec fut une information utile pour améliorer la tentative suivante.

Edison dit d’ailleurs à propos de ses échecs :

« je n’ai pas eu 1000 échecs, j’ai eu 1000 réussites à me montrer ce qui ne marchait pas. » – Thomas Edison

Thomas Edison 1000 echecs

C’est exactement ce que signifie « échouer mieux ».

Dans l’éducation, cette idée est précieuse. Elle invite les parents à déplacer l’objectif : il ne s’agit pas de former des enfants qui réussissent toujours, mais des enfants qui continuent à essayer.

échouer pour apprendre

Paradoxalement, les enfants qui acceptent l’échec développent souvent une confiance plus solide que ceux qui cherchent à l’éviter.

Pourquoi ? Parce qu’ils découvrent une vérité rassurante : ils peuvent se tromper sans perdre leur valeur.

Ils apprennent à différencier échec et valeur personnelle. Ils apprennent aussi qu’une situation d’échec n’est pas définitive.

Tout cela leur donne davantage de confiance : la confiance de savoir que, s’ils échouent, ils pourront réussir plus tard.  

Cette relation qu’ils construisent avec l’échec développe une sécurité intérieure et leur permet aussi de sortir de leur zone de confort et de faire plus d’expériences.

Et ce sont précisément ces expériences qui construisent progressivement la confiance, les compétences et la maturité.

Dans notre mode de fonctionnement par défaut, nous n’avons pas tendance à accepter l’échec. On n’analyse pas, on n’essaie pas de comprendre les causes de l’erreur. Et on a encore moins tendance à mettre en place des actions qui permettraient d’en tirer profit.

En se tatouant cette phrase, Wawrinka garde sur son bras, à portée de vue, un rappel perpétuel d’une notion essentielle à la progression.

Ce rappel quotidien lui permet de ne pas se juger et de trouver le courage de recommencer

Sauf si vous cherchez l’idée de votre premier ou de votre prochain tatouage, vous n’utiliserez probablement pas cette technique pour vous rappeler l’intérêt de tirer profit de l’échec.

Cependant, je reste persuadé qu’un rappel quotidien peut être extrêmement bénéfique pour notre enfant.

poster dans le salon échouer et apprendre

Que ce soit une petite note à côté de votre lit, un poster au milieu du salon ou un porte-clef avec la phase de Beckett. Toutes les idées seront bonnes pour se rappeler quotidiennement qu’il est essentiel d’éduquer nos enfants dans la liberté d’apprendre, sans la peur paralysante de l’erreur.

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